Décidément, chez Econocom, les actionnaires sont à la fête mais pas les salariés. Alors que les dividendes des premiers vont encore gonfler de 14% cette année (33% en deux ans) avec une enveloppe globale de 25 M€ (soit 20 centimes par action), les quelque 3.300 salariés d’Econocom Osiatis France, principale entité d’Econocom dans l’hexagone, viennent d’apprendre que, pour la première fois cette année, ils ne toucheraient pas de prime de participation aux bénéfices. Une mauvaise nouvelle doublée d’une autre : l’enveloppe affectée à la hausse des salaires (au mérite) va encore baisser à seulement 0,4% de la masse salariale. L’année dernière, les salariés d’EOF avaient obtenu 0,8% et 1,2% celle d’avant. L’incompréhension et la colère sont d’autant plus grandes que les quelque 1000 salariés de l’entité Econocom Services, qui eux n’ont pas toujours bénéficié de la participation les années précédentes, vont en toucher une cette année.

À l’initiative de la CGT, le syndicat majoritaire, une pétition en ligne demandant une prime compensatrice de 1.200 € pour tous a été lancée le 16 juin. Celle-ci a déjà recueilli près de 1.000 signatures (sans compter les versions papier). Les nombreux commentaires qui l’accompagnent sont révélateurs de l’état d’esprit des troupes. « C’est une honte de ne pas toucher cette prime quand on voit nos bas salaires et les bénéfices de la boîte », peut-on ainsi y lire. Beaucoup s’offusquent également de la différence de traitement entre les salariés des deux entités services d’Econocom France, comme ce salarié pour qui « il n’est pas logique qu’au sein d’un même service, sur un travail identique pour le même client, certains aient la participation et d’autres non… »

Face au tollé, la direction a bien été obligée de réagir vendredi 23 juin par la voix de son directeur des ressources humaines Franck Fangueiro. Dans un mail adressé à l’ensemble des collaborateurs, celui-ci invoque d’un côté des chiffres Econocom Osiatis France « ne permettant pas à eux seuls d’atteindre le seuil requis par la loi pour obtenir de la participation » malgré les bons chiffres du groupe pour 2016* et de l’autre « les résultats des activités de location et de distribution qui ont permis par un effet de mutualisation de générer de la participation pour Econocom Services ». Conscient que cette situation puisse générer de « l’étonnement » et de la « frustration », il assure vouloir vouloir « accélérer les travaux d’harmonisation » entre les deux entités et promet de mettre en œuvre dans ce cadre « un nouveau schéma de participation » dès 2017. Les quatre syndicats représentatifs ont ainsi été convoqués à une réunion préparatoire pour ce mercredi 28 juin.

Des explications qui ne satisfont pas certains syndicats qui soupçonnent qu’à l’heure où Econocom-Osiatis France est sur le point d’avaler Econocom Services, les financiers du groupe se soient arrangé par des jeux comptables pour ne pas avoir à distribuer de participation. « La seule manière d’avoir une participation nulle est que les bénéfices soient nuls ou inférieurs à 5% des capitaux propres », rappelle l’intersyndicale Unis chez Econocom sur son blog. Or, quoiqu’en baisse, le résultat 2016 d’Econocom-Osiatis France n’est pas nul, puisqu’il atteindrait environ 7 millions d’euros pour un chiffre d’affaires compris entre 250 et 300 M€, toujours selon Unis chez Econocom (les chiffres ne sont pas encore disponibles au greffe). Ce qui implique que les capitaux propres soient d’au moins 140 M€, calcule l’intersyndicale.

Quoi qu’il en soit, la CGT voit dans cette affaire un très mauvais signal envoyé au marché. L’absence de participation va avoir un effet démobilisateur sur les salariés de terrain et va dégrader la capacité d’Econocom à attirer de nouveaux talents, déplore l’un de ses représentants. Au passage, l’entreprise prend également le risque de raviver le feu de la grogne sociale. « Sans un geste fort de la direction à l’issue de la réunion du 28 juin, on se dirige tout droit vers un appel au débrayage », prévient notre interlocuteur.

*Econocom s’était félicité en février dernier lors de l’annonce de ses résultats 2016 de la progression de 9,5% de son chiffre d’affaires sur l’année (dont 6,7% d’organique) à 2536 M€ et de la hausse de 19,2% de son résultat opérationnel courant qui lui avait permis d’atteindre 5,5% de marge opérationnelle. L’activité Services affichait pour sa part un chiffre d’affaires de 802 millions d’euros (+9,9% dont +2,7% d’organique) et une rentabilité en amélioration sensible avec un résultat opérationnel courant de 46,4 millions d’euros (+30,7%), soit une marge opérationnelle de 5,8%.